Bonjour et bienvenue dans la Minute Sciences Co. Je suis le professeur Axone et je vais vous accompagner, chaque semaine, dans la découverte de concepts de sciences cognitives. Ensemble nous chercherons à en apprendre plus sur le fonctionnement de notre cerveau, mais surtout de celui de nos élèves.
Pour cette huitième minute, je vous propose de parler du lien entre mémorisation et compréhension. Des exemples d’outils et des pistes de mise en œuvre pédagogique vous seront proposés.

La mémorisation en question
Il en existe plusieurs types :
- La mémoire sensorielle et la mémoire de travail : elles ont une capacité limitée et une durée de quelques secondes à quelques minutes.
- La mémoire à long terme : elle permet de stocker durablement, elle est divisée en mémoire explicite/procédurale (faits, événements) et implicite (compétences, habitudes)
- Encoder : transformation de l’information en un format stockable (ex. : associer une image à un concept). `
Si nous lisons juste une liste de mots sans faire de lien nous avons peu de chances de les retenir au de-là de quelques secondes. En revanche, si nous lisons ces mots en traitant leur sens, nous procédons à un traitement des informations dit « profond » (ou sémantique) et conserverons ces informations de façon durable.
- Stocker/consolider : stabilisation de l’information dans la mémoire à long terme (surtout pendant le sommeil).
Le stockage des informations peut être passif et d’une durée très brève, mais il peut aussi emmener à la mise en œuvre de mécanismes permettant une conservation plus durable de l’information. En réalité, le terme consolidation renvoie à un mécanisme qui permet de transférer des informations d’un système de mémoire à court terme à un système de mémoire à long terme, en passant ainsi de quelques secondes à quelques minutes.
- Récupérer : accès à l’information stockée.
L’information stockée peut être récupérée de façon implicite (le sujet ne sait pas qu’il fait appel à sa mémoire) ou explicite (la récupération en mémoire se déclenche à partir d’un indice). Dans tous les cas, la récupération est facilitée quand le contexte rappelle l’étape d’encodage, ce qui constitue un lien très étroit entre l’encodage et la récupération en mémoire.
| Stratégies | Mise en oeuvre | Objectif |
|---|---|---|
| Répétition espacée | Réviser à intervalles croissants | Lutter contre la courbe de l’oubli (Ebbinghaus, 1885, étude fondatrice sur la courbe de l’oubli et la répétition espacée) |
| Auto-testing | Emmener les élèves à se questionner (flashcards, QCM, jeux de memory) | Renforcer la récupération en mémoire |
| Encodage multimodal | Associer texte, image, schéma, ou mouvement | Solliciter plusieurs canaux sensoriels |
| Apprentissage actif | Faire manipuler, expliquer, ou enseigner le contenu par les pairs | Pour engager les élèves et les rendre acteurs |
| Métacognition | Apprendre aux élèves à comprendre et à évaluer leur propre processus de mémorisation et d’apprentissage | Amener les élèves à réajuster leurs stratégies d’apprentissage |
Les stratégies de mémorisation ont toutes un point commun : l’amélioration de la profondeur de l’encodage par le biais de la réactivation d’un souvenir qui permet sa consolidation et sa réorganisation.
Ainsi, l’alternance des phases d’encodage et de récupération active permettent de faire le point sur les connaissances déjà acquises, en reformulant, et aussi sur les connaissances en cours d’apprentissage, en y ajoutant des éléments nouveaux.
Ainsi, la compréhension est un ensemble de processus cognitifs de traitement d’informations, qui mettent en relation des informations perçues de l’extérieur avec notre capital mémoriel.
C’est ce que l’on appelle la compréhension profonde, c’est à dire faire des liens entre les nouvelles notions et les connaissances que l’on a déjà . Le lien étroit entre la mémorisation et la compréhension prend ainsi tout son sens. [1]
Pour plus de détails sur les processus de la compréhension vous pouvez consulter Minute n°3 : la compréhension
Ré-activ’, une application d’ancrage mémoriel
Des experts, formateurs en sciences cognitives, de l’académique de Versailles, ont développé une application, 100% RGPD : Ré-activ’. À travers la présentation répétée de set de cartes dans le temps cet outil numérique favorise la mémorisation et la compréhension grâce aux sciences cognitives et l’IA générative.
En combinant stratégies scientifiques et créativité pédagogique, les enseignants peuvent aider les élèves à devenir des apprenants autonomes et confiants.
| Pillier | Mise en pratique sur Ré-activ’ |
|---|---|
| Attention | Apprentissage par questionnement Information sur la charge de travail de l’élève |
| Engagement actif | Apprentissage par questionnement Exercices de "testing" |
| Rétroaction | Double rétroaction Sur le résultat et sur le sens (explication) |
| Consolidation mnésique | Programme de consolidation mémoriel expansé Transfert de l’explicite vers l’implicite Exercice de mise en lien des connaissances |
L’engagement actif par questionnement emmène les élèves à faire des liens entre les notions déjà acquises et les éléments nouveaux, et mêle la mémorisation et la compréhension.
| Utilisateur | Usage | Pluvalue |
|---|---|---|
| Enseignant | • Créer de nouveau set de cartes • Utiliser les sets de cartes existants • Collaborer avec des collègues • Suivre l’évolution des élèves |
• Importer des cartes déjà existantes • Créer manuellement des cartes, seul ou en collaboration • Rédaction de prompt pour créer des cartes à l’aide d’une IA |
| Elève | • Jouer les sets de cartes proposés par l’enseignant • Créer ses propres set de révision • Suivre sa progression |
• Élève au coeur de ses apprentissages : • en prise en compte de ses résultats • Prise en compte de ses ressentis • Possibilité de créer ses propres sets de cartes |
Lorsqu’un enseignant propose un set de cartes (flashcards, appariement, etc.) à sa classe, ou qu’un élève s’en attribue un, l’application le lui soumet automatiquement selon un calendrier optimisé : dès le jour même (J0), puis à J1, J5, etc. Ce rythme s’inspire des principes de la courbe de l’oubli, sans que ni l’enseignant ni l’élève n’aient besoin d’intervenir manuellement. Pour aller plus loin, on pourrait intégrer un programme d’ancrage mémoriel personnalisé, qui s’adapte aux réponses et au ressenti de l’élève. »

Ce graphique montre comment les présentations répétées dans le temps permettent de réactiver les connaissances et ne contrer la courbe de l’oubli. En dessous y est précisé que les 3 premières présentation (à J0, J1 et J5) font partie de la phase massée pour le groupe entier. A partir de la quatrième présentation, on entre dans la phase expansées et le parcours différencié (à J13, J29 et J59)
La courbe verte représente l’évolution de l’espérance d’ancrage mémoriel à long terme si le processus est suivi jusqu’au bout.
Par ailleurs, Ré-activ’ prend en compte non seulement la courbe de l’oubli, les réponses des élèves mais aussi leur ressenti. Si les réponses de l’élève à la troisième présentation (P3) sont justes mais que son ressenti est moyen, l’application lui proposera un parcours individualisé.
A l’issue de la phase de répétition massée, les parcours deviennent individualisés, selon l’élève et les cartes à jouer.
À vous de jouer !
Pour finir je vous propose un mini défi : que puis-je faire dès demain pour emmener mes élèves à mieux mémoriser et mieux comprendre ?
Ressources complémentaires
- Houdé, O., & Borst, G. (2022). Le cerveau et les apprentissages (Les Repères Pédagogiques). Nathan.
- Ebbinghaus, H. (1885). Über das Gedächtnis.
- Dehaene, S. (2018). Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines. Odile Jacob.
- Lieury, A. (1991). Mémoire et réussite scolaire. Dunod.
- Ramus, F. (2023). Mémoriser à l’école pour accéder à la compréhension. Canotech.

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