Bonjour et bienvenue dans la Minute Sciences Co. Je suis le professeur Axone et je vais vous accompagner, chaque semaine, dans la découverte de concepts de sciences cognitives. Ensemble nous chercherons à en apprendre plus sur le fonctionnement de notre cerveau, mais surtout de celui de nos élèves.
Pour cette cinquième minute, je vous propose de parler des usages des intelligences Artificielle générative (IAg) au regard des sciences cognitives pour l’inclusion et la réussite de tous nos élèves. Des exemples d’outils et des pistes de mise en œuvre pédagogique vous seront proposés.

L’IAg en questions
Dans le champ de l’éducation, son usage a vocation à modifier en profondeur les pratiques pédagogiques et les rapports au savoir.
Ceci reposerait sur un double mouvement :
- Diffusion massive des technologies dans la vie quotidienne (assistants vocaux, GPS, montres connectées)
- Pression institutionnelle et sociale qui incite les enseignants à intégrer ces outils pour rester en phase avec les attentes des apprenants et des politiques éducatives.
Ainsi, l’usage de l’IAg dans l’éducation n’est pas juste une tendance mais une pratique rendue nécessaire par, d’une part la croissance de plus en plus forte dans la vie de tous les jours, et d’autre part les attentes/croyances des institutions et des apprenants.
Concrètement, lorsqu’un enseignant autorise ses élèves à se servir de l’IAg pour améliorer un texte, ou accentuer sa créativité, ou encore corriger des faits de langue, ceci amène intrinsèquement une fracture avec l’élève qui ferait le choix de ne pas l’utiliser, car il serait pénalisé d’office (temps plus long pour réaliser la tâche, moins d’idées, plus d’erreurs…). En somme, croire que l’IAg est nécessaire, c’est cela qui rend son usage incontournable.
Si la croyance était celle de l’inéluctabilité, alors la question ne serait plus de savoir s’il faut utiliser l’IAg en éducation, mais comment l’utiliser à bon escient, c’est à dire pour enrichir l’environnement de l’apprentissage de façon à ce qu’elle soit utile aux élèves (Amadieu et Tricot 2020).
Avec l’essor de l’IAg en éducation les représentations qui en découlent sont parfois contradictoires.
Deux visions nous paraissent importantes :
- Une première vision considère l’IA comme un simple outil dont l’usager a le contrôle et la maîtrise, un outil au service des enseignants qui n’impacte pas de manière significative les pratiques pédagogiques, car nous, les enseignants, pouvons décider de l’usage que l’on en fait en classe,
- La deuxième vision se veut plus critique, soulignant la transformation profonde du rapport aux savoirs et des différentes postures, des élèves et des enseignants, car finalement "notre environnement technologique (...) a un effet sur la façon dont les enseignants enseignent, mais surtout sur ce qu’ils enseignent et la façon dont les élèves réalisent les tâches" (Tricot 2024).
Si l’on prend en compte la vision selon laquelle l’IAg peut transformer nos pratiques et impacter les apprentissages des élèves, alors l’IAg doit être vue comme une opportunité, un levier potentiel pour améliorer les apprentissages selon un cadre d’usage raisonné, éthique, responsable et pédagogique.
L’usage de l’IAg au regard des sciences cognitives peut donner un cadre et contribuer à la réussite de tous les apprenants.
En effet, l’IA a amené les enseignants à devenir des ingénieurs pédagogiques, ils produisent des scénarios différenciés et plus adaptés aux besoins des élèves : il ne se contentent donc plus uniquement de transmettre des connaissances ou d’évaluer simplement des compétences (Erin 2025).
Ainsi, cette adaptativité répond à un enjeu central : la prise en compte de l’hétérogénéité des apprenants. Grâce à l’analyse des productions écrites ou orales, l’IAg peut identifier les besoins spécifiques de chaque apprenant (lacunes lexicales, erreurs grammaticales récurrentes, difficultés de prononciation) et générer des exercices ciblés.
Cette approche rejoint certains principes des sciences cognitives :
- Différenciation pédagogique pour varier les approches pédagogiques en tenant compte de la diversité des élèves (niveau, rythme, style d’apprentissage, besoins spécifiques…)
- Rétroaction comme élément clés du processus d’apprentissage pour favoriser la consolidation des acquis
- Soutien à la motivation, l’attention et l’engagement cognitif, renforcé par l’IAg en
créant un climat propice à l’apprentissage.
- Au début : pour réactiver et vérifier les acquis
- Au milieu : pour favoriser la compréhension de nouvelles notions
- À la fin : pour consolider et s’auto-évaluer
Exemple d’outils utiles pour des productions différenciées grâce à une IAg :
| Quiz adaptatifs avec feedback immédiat | Permettent de réactiver les connaissances avant d’entrer dans les nouvelles notions, et de s’assurer grâce au feed-back que tous les élèves aient les prérequis indispensables pour poursuivre |
|---|---|
| Flashcards numériques espacées | Aident à la mémorisation des concepts et à la réactivation des notions et du vocabulaire |
| Vidéos entrecoupées de questions de compréhension | Guident la compréhension d’un document nouveau, favorisent la compréhension de tous les élèves, à des rythmes différents et individualisés. |
| Fiches méthodologiques de métacognition | Permettent à tous les élèves d’avoir une posture réflexive et de comprendre leur propre processus d’apprentissage ; aident l’enseignant à vérifier et rectifier, au besoin, la méthodologie de chaque élève. |
| Placemat (set de table) | à partir des fiches de métacognition : Permet une restitution coopérative en amenant les élèves à travailler en groupe et à exploiter ainsi l’apprentissage entre paires. Le travail coopératif est un levier pour les élèves qui craignent l’erreur mais aussi pour les élèves plus avancés qui, en restituant, aident leurs camarades à fixer les contenus et les structures linguistiques appropriées. |
Contrairement à l’approche communicative dominante, souvent centrée sur l’usage spontané de la langue, les sciences cognitives insistent sur les processus mentaux sous-jacents à l’apprentissage (Hilton 2019) :
- Mémoire déclarative et non déclarative
- Automatisation de la compréhension orale
- Surcharge attentionnelle
Ces éléments montrent que l’apprentissage linguistique est complexe et inégal selon les profils d’élèves.
C’est en cela que l’IAg devient un outil inclusif : elle permet de moduler les parcours d’apprentissage en fonction des besoins cognitifs spécifiques de chaque élève.
Grâce à ses capacités d’adaptation, elle peut :
- Proposer des contenus différenciés selon les niveaux de mémoire ou d’attention ;
- Renforcer la compréhension orale avant la production ;
- Alléger la charge cognitive par des aides ciblées (sous-titrage, reformulation, visualisation, etc.).
Ainsi, l’IAg utilisée à bon escient et basée sur les principes des sciences cognitives met en avant la diversité des fonctionnements mentaux, différencie les apprentissages et individualise les processus en tenant compte des rythmes, des styles d’apprentissage et des obstacles cognitifs.
Cette approche rejoint les principes de l’inclusion éducative : chaque élève a droit à un environnement d’apprentissage adapté, qui lui permet de progresser selon ses propres ressources. L’IAg devient ainsi un assistant pédagogique capable de soutenir les élèves en difficulté, les élèves allophones, ou tout élève à besoins spécifiques.
En s’appuyant sur les sciences cognitives, l’IAg permet donc de dépasser une vision uniforme de l’apprentissage des langues pour proposer une pédagogie inclusive, différenciée et fondée sur les besoins réels des élèves. Elle offre aux enseignants un outil puissant pour réduire les inégalités d’apprentissage, tout en favorisant la cohésion sociale par la rencontre des langues et des cultures (Erin 2025). L’IAg devient ainsi un levier d’apprentissage et d’inclusion, selon les objectifs de l’éducation inclusive portés par la déclaration d’Inchéon de 2015.
À vous de jouer !
Pour finir, je vous propose un mini défi : que puis-je faire dès demain pour utiliser l’IAg pour l’inclusion de tous les élèves dans ma discipline ?
Lors de ma prochaine séance, je me propose de créer une activité différenciée à l’aide d’une IAg : j’écris un prompt détaillant les besoins spécifiques de mes élèves (niveaux de compétences hétérogènes, élèves allophones) pour obtenir une activité permettant de réaliser une tâche différenciée selon les niveaux de compétences de la taxonomie de Bloom.
Ressources complémentaires
- Amadieu, F., & Tricot, A. (2020). L’intelligence artificielle va révolutionner l’enseignement. Apprendre avec le numérique. Mythes et réalités. Retz.
- Erin, J. (2025). L’intelligence artificielle dans l’enseignement des langues étrangères. Regards à l’international.
- Hilton, H. (2019). Sciences cognitives et apprentissage des langues. Cnesco.
- Tricot, A. (2024). Le numérique permet d’innover en pédagogie. L’innovation pédagogique. Mythes et réalités. Retz.

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